mardi 31 juillet 2007

Catch of the day

Parfois, il suffit de quelques heures de congé pour se sentir réellement en vacance. Il faut dire que quand on a la chance d'avoir un papa qui nous propose de passer la journée avec lui et que le soleil est au rendez-vous, les conditions sont réunies pour garantir un bon moment. Si en plus, après un petit dîner à la Mexicaine, le papa nous prête un short et nous installe à l'arrière de sa moto pour nous amener loin de la ville, respirer les bonnes odeurs de la campagne, c'est encore mieux. Et si, au retour dans cette maison qui nous a vu grandir, mais où on ne s'est jamais autant sentie chez soi que ce jour-là, notre papa nous cuisine de délicieux filets de poissons qu'il a pêchés lui-même, on s'approche dangereusement de l'extase!

Un autre petit moment père-fille à mettre dans les bons souvenirs. Et au frigo, un reste de poisson au curcumin qu'on aimerait bien garder là, jusqu'à la prochaine fois…

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lundi 25 décembre 2006

Noël vert

Petit frère devait avoir environ 5 ans cette année-là. Depuis le début du mois de décembre, il me demandait sans cesse de lui dévoiler ce que mes parents allaient lui offrir pour Noël. En grande soeur consciencieuse et un peu pédagogue, je m'efforçais de lui expliquer qu'il devait attendre patiemment la nuit du réveillon, que lui vendre la mèche ne ferait que lui gâcher sa surprise le moment venu, mais petit frère insistait toujours. Puis, un bon jour, c'est sorti tout seul: «Bon, ça va, je vais te le dire! Maman t'a acheté un habit en lainage vert: un petit pantalon vert feuille avec un petit pull vert pomme. Ah oui, il y a un petit béret assorti aussi. Tu sais, si je te dis tout ça c'est pour te préparer mentalement, il ne faut absolument pas que tu pleures parce que ça ferait beaucoup de peine à maman.» Il fallait le voir, le pauvre! Un petit tremblement commençait à poindre au coin de ses lèvres de chérubin: «Un habit en laine! Mais je ne peux pas recevoir du linge pour Noël, c'est impossible!» J'étais déjà allée trop loin pour reculer, il me fallait aller jusqu'au bout: «Non seulement tu recevras du linge, mais l'ensemble est particulièrement laid. Et c'est ce que tu devras porter pour le réveillon.» Il me regardait de ses grands yeux bruns. Ce qu'il cherchait, c'était de la compassion et du réconfort. Moi j'étais là pour lui donner tout ça. Une adolescente cruelle dans le rôle de la grande soeur compréhensive!

Bien entendu, maman, en louve protectrice, fut totalement contre notre manège (j'avais réussi à mettre papa dans le coup), mais nous réussîmes tout de même à lui faire promettre de n'en rien dire. Mieux encore, pour rendre la chose plus crédible elle s'engagea à laisser petit frère en pyjama pour déballer les cadeaux. C'était dans la poche!

Les derniers jours avant Noël, je demandai régulièrement à petit frère s'il s'était bien préparé pour le moment fatidique. La petite bête docile me rassurait en me disant qu'il y pensait tous les soirs et qu'il était certain qu'il n'allait pas pleurer pour ne pas faire de peine à maman. Il tentait aussi bien que mal à faire le malin mais ses yeux trahissaient la plus grande déception qu'un enfant de cinq ans puisse subir.

Quand le soir du 24 décembre arriva enfin, petit frère, minuscule dans son petit pyjama, se plaça en retrait et tenta de se faire oublier. Maman finit par lui mettre une grosse boîte dans les mains. Il pris une grande respiration en me regardant du coin de l'oeil et déchira le beau papier très lentement, puis il constata qu'il avait entre les mains le jouet qu'il avait demandé. Il dû prendre quelque secondes pour réaliser ce qui s'était passé avant d'éclater d'un grand rire.

Jamais un enfant n'aura été aussi heureux que petit frère à ce moment là...

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dimanche 18 juin 2006

Du brandy dans le désert

Nous nous parlions régulièrement au téléphone, mais ce soir là, il me manquait particulièrement.

- Tu sais que s'il m'était possible de me téléporter à un seul endroit, j'irais passer une soirée avec toi. On pourrait se faire un bon petit souper accompagné d'une bonne bouteille de vin, ou deux, et se boire un petit brandy...

- Je suis prêt à t'offrir le billet d'avion si tu veux venir passer un week-end à la maison.

- J'adorerais ça mais ce serait compliqué: je travaille cinq ou six jours par semaine ici et je ne peux pas vraiment me faire remplacer.

- Et si j'allais te visiter, moi?

- Tu ferais ça?

- Bien sûr!

Dix jours plus tard, mon père débarquait à Tel-Aviv pour le week-end. On a beaucoup parlé, je lui ai fait visiter Jérusalem, je lui ai présenté la gang de l'auberge et on est allé se promener sur le bord de la mer jusqu'à la vieille ville de Jaffa où l'on s'est acheté une bouteille de brandy qu'on a ensuite bue dans sa chambre d'hôtel en épiant la commode derrière laquelle une coquerelle géante venait de se glisser. Ce fut à la fois unique et tout simple: une fille et son père à l'autre bout du monde.

En y repensant aujourd'hui, je réalise que c'est un de mes plus beaux souvenirs de voyages.

Bonne fête au plus généreux et au plus adorable des pères: le mien!

Jérusalem, novembre 2000

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lundi 22 mai 2006

Merci papa

Magasinant avec mon père pour le barbecue qu'il nous offre à l'homme et à moi pour nos anniversaires:

- Quand Jeff a su ce que tu voulais nous acheter, il trouvait que ce n'était pas cher payé pour m'avoir sauvé la vie.

- Il devrait plutôt se considérer chanceux que je ne lui aie rien réclamé...

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mardi 9 mai 2006

Kamélya

Il n'en menait pas large quand il est venu me rendre visite vers la fin de l'automne. Quelques semaines auparavant, il avait reçu un appel d'une ancienne maîtresse lui annonçant qu'elle portait son enfant depuis déjà quatre mois. Les questions se bousculaient dans sa tête: était-il prêt, à vingt-deux ans, à devenir papa? Advenant la possibilité de reconnaître sa paternité, serait-il à la hauteur? Arriverait-il à gérer une vie de famille avec une jeune femme qu'il ne connaissait qu'à peine? Ou, au contraire, allait-il être relégué au rang de pourvoyeur? Et elle, voudrait-elle de lui dans sa vie pour les dix-huit prochaines années? Pauvre petit frère. J'aurais tellement voulu le serrer dans mes bras et lui dire que tout allait bien se passer, que je serais toujours là. Mais une partie de moi s'inquiétait pour lui. Je réalisais tout à coup que mon unique frère allait voir ses responsabilités décupler, qu'il ne pourrait plus vivre au jour le jour comme il l'avait fait jusque là. La vie l'arrachait officiellement du monde de l'enfance et, malgré toute la bonne volonté du monde, je ne pouvais rien y faire.

Les mois ont passés, les nouvelles de la future maman se faisaient très rares, pour ne pas dire inexistantes. Du fond de sa campagne, elle ne retournait pas les appels. L'incertitude croissait au rythme des silences. Il s'était presque résigné à ne jamais connaître cet enfant, mais il savait pertinemment qu'aucune journée de sa vie ne passerait sans qu'il pense à celui ou celle qui aurait peut-être ses yeux ou son nez.

C'est tout sourire qu'il est venu me rendre visite ce soir. Vendredi dernier, la nouvelle maman a profité d'un séjour à Montréal pour présenter la petite Kamélya de deux semaines à son papa. La rencontre s'est formidablement bien passée. Mon petit frère a passé plusieurs heures avec son bébé. Pour la première fois, il a serré sa petite contre sa poitrine et il a sentit la puissance de la paternité. Et moi, pour la première fois depuis des mois, j'ai vu sourire celui que j'aime plus que tout au monde.

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lundi 9 janvier 2006

Bon anniversaire!

Tu auras 22 ans demain. C’est vraiment étrange, mais chaque année c’est la même chose : ton anniversaire me fait réfléchir plus que le mien. Je pense à toi, à moi et au temps qui passe sans qu’on ne s’en rende toujours compte.

Tu étais encore au primaire quand j’ai quitté la maison. J’en ai profité pendant que vous étiez partis en vacance, peut-être inconsciemment parce que je ne voulais pas que tu me vois partir. De toutes façons, ma tête était ailleurs depuis longtemps. Heureusement, tu venais me visiter à l’occasion. Tu étais même là, couché sur le divan du salon, quand l’incendie qui a ravagé la moitié de mon appartement il y a neuf ans s’est déclaré. C’est toi qui m’a aidé à descendre l’escalier pour me mener au chaud chez des voisins, pour ensuite aller sauver les animaux de l’animalerie qui brûlait aussi. Tu t’es occupé des rats et des souris parce que, disais-tu, les gens ne se souciaient que de la vie des animaux qu’ils trouvaient jolis. Tu as toujours eu un grand cœur mon frère, toujours.

Ton adolescence n’a pas semblée facile. Peut-être essayais-tu de grandir trop rapidement. Nous sommes plusieurs à faire l’erreur de courir à toutes jambes pour sortir de cette période qui devrait pourtant nous donner envie de s’y installer confortablement. Qui sait si le départ de maman ne t’as pas donné l’impression que tout était éphémère, qu’il fallait faire vite pour goûter à tout, pour tout essayer, pour tester tes limites (et celles de papa!). Oui, tout allait très vite à cette époque pas si lointaine et j’ai dû me résigner à ne plus pouvoir te protéger contre tous les malheurs de ce monde.

Quand je suis revenue de mon séjour à l’étranger, j’ai réalisé que tu en avais profité pour devenir un homme. Un homme fort, brillant et incroyablement débrouillard. Homme que j’aime aussi profondément que j’ai aimé l’enfant.

Depuis cette nuit froide où tu es entré dans ma vie, pas une seule journée n’est passée sans que je pense à toi avec une sincère tendresse. C’est toi, petit frère, qui m’a fait découvrir ce qu’est le vrai amour : l’amour pur et inconditionnel. Tu m’as appris beaucoup plus que tu ne pourrais imaginer. Une fois de plus, je t’en remercie. Merci pour ton écoute, pour ta confiance, pour ton extrême gentillesse. Merci d’être ce que tu es, mais surtout : merci d’ÊTRE.

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dimanche 22 mai 2005

Souvenirs séléniques

La Ford LTD roulait à vive allure sur l’autoroute, au rythme d’une vieille cassette 8-track de Johnny Cash. Le jour était à peine levé, c’était l’heure où le soleil se partage le ciel avec la lune. Nous partions toujours très tôt quand nous allions au Lac St-Jean pour les vacances. Je devais avoir cinq ou six ans. Confortablement étendue sur la banquette arrière, je regardais le ciel.

- Regarde Papa, la lune sera bientôt pleine!

- Désolé petite mais elle décroît, au contraire.

- Comment on fait pour savoir?

- Et bien vois-tu, la lune est menteuse : quand elle croît, elle prend la forme d’un D et elle prend la forme d’un C quand elle décroît. Du moment qu’on connaît son truc, on ne peut plus se tromper.

Papa avait toujours une réponse à mes questions. Il jeta un regard dans le rétroviseur afin de voir si son explication semblait m’avoir satisfaite et sourit.

Je me demande s’il a pu, à cet instant, s’imaginer que 25 ans plus tard je repenserais à son histoire chaque fois que je regarde la lune…

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dimanche 9 janvier 2005

Il y a longtemps que je t'aime...

Tu es entré dans ma vie par une froide nuit d'hiver. Jusque-là, ma vie n'avait eu aucun sens, je la vivais comme on fait son lit le matin: en me demandant à quoi ça pouvait bien servir de se donner autant de mal.

Je me rappelle très bien de cette première fois où je t'ai vu. Évidemment, j'ai eu une petite crainte sur le coup, je savais très bien que ma routine allait être bousculée, comme c'est le cas chaque fois que quelqu'un s'installe dans notre quotidien. Mais j'ai tout de suite eu la certitude que j'allais t'aimer, et de façon inconditionnelle.

Comme j'ai dû être maladroite les premiers temps! Pourtant, tu ne semblais pas t'en soucier. Avec moi, tu as toujours su faire preuve de tant de patience et de compréhension. Combien d'heures as-tu passé à m'écouter te parler de Platon ou de Nietzsche, alors que la philo devait être la dernière de tes préoccupations? Même ces repas ratés que je nous préparais, tu les as tous mangés sans sourciller, probablement conscient de l'effort que j'avais pu mettre à les cuisiner, malgré tout. Ils sont tellement nombreux ces petits moments, gravés à jamais!

Aujourd'hui, nos rencontres se font plutôt rares. Le temps fait son oeuvre. Tu as ta vie et j'ai la mienne. Il m'arrive encore de faire mon lit à l'occasion, mais maintenant j'y trouve un certain plaisir!

Tu es entré dans ma vie par une froide nuit d'hiver, il y a de ça 21 ans.
Je t'en serai toujours reconnaissante.
Bonne et heureuse fête p'tit frère!

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