mardi 9 mai 2006

Kamélya

Il n'en menait pas large quand il est venu me rendre visite vers la fin de l'automne. Quelques semaines auparavant, il avait reçu un appel d'une ancienne maîtresse lui annonçant qu'elle portait son enfant depuis déjà quatre mois. Les questions se bousculaient dans sa tête: était-il prêt, à vingt-deux ans, à devenir papa? Advenant la possibilité de reconnaître sa paternité, serait-il à la hauteur? Arriverait-il à gérer une vie de famille avec une jeune femme qu'il ne connaissait qu'à peine? Ou, au contraire, allait-il être relégué au rang de pourvoyeur? Et elle, voudrait-elle de lui dans sa vie pour les dix-huit prochaines années? Pauvre petit frère. J'aurais tellement voulu le serrer dans mes bras et lui dire que tout allait bien se passer, que je serais toujours là. Mais une partie de moi s'inquiétait pour lui. Je réalisais tout à coup que mon unique frère allait voir ses responsabilités décupler, qu'il ne pourrait plus vivre au jour le jour comme il l'avait fait jusque là. La vie l'arrachait officiellement du monde de l'enfance et, malgré toute la bonne volonté du monde, je ne pouvais rien y faire.

Les mois ont passés, les nouvelles de la future maman se faisaient très rares, pour ne pas dire inexistantes. Du fond de sa campagne, elle ne retournait pas les appels. L'incertitude croissait au rythme des silences. Il s'était presque résigné à ne jamais connaître cet enfant, mais il savait pertinemment qu'aucune journée de sa vie ne passerait sans qu'il pense à celui ou celle qui aurait peut-être ses yeux ou son nez.

C'est tout sourire qu'il est venu me rendre visite ce soir. Vendredi dernier, la nouvelle maman a profité d'un séjour à Montréal pour présenter la petite Kamélya de deux semaines à son papa. La rencontre s'est formidablement bien passée. Mon petit frère a passé plusieurs heures avec son bébé. Pour la première fois, il a serré sa petite contre sa poitrine et il a sentit la puissance de la paternité. Et moi, pour la première fois depuis des mois, j'ai vu sourire celui que j'aime plus que tout au monde.

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10 Comments:

Blogger Mamathilde a ajouté...

Galad, quand tu parles de ton frère, c'est comme un poignard qui entre dans mon coeur pour le découper en lamelle si fine qu'on se demande comment ça se peut.

C'est tellement beau.

9 mai 2006 à 12 h 43  
Blogger Galad a ajouté...

Merci Mathilde.
Un commentaire comme celui-là, ça donne aussi un grand coup.

9 mai 2006 à 22 h 10  
Blogger Syle a ajouté...

Très chère amie,
me voici touchée par votre écrit.

Heu... Je suis presque «matante» alors?!

10 mai 2006 à 20 h 37  
Blogger Galad a ajouté...

Exactement, très chère!

Voilà une superbe occasion pour sortir vos pelotes de laine, n'est-ce pas?

11 mai 2006 à 00 h 49  
Blogger Daniel Rondeau a ajouté...

J'espère pour lui et sa petite que ces rencontres soient nombreuses! On parle beaucoup du rôle des pères dans la vie de leur fille, mais le rôle des petites filles dans la vie de leur père est pas mal fort aussi!

13 mai 2006 à 16 h 53  
Blogger Perrasite a ajouté...

Réciproquement.

13 mai 2006 à 21 h 08  
Blogger Galad a ajouté...

Daniel: Encore une fois, force m'est d'admettre que t'as raison. (Au risque de me répéter, le jour où t'auras pas raison, j'me fais teindre en blonde.)

Perrasite: Bienvenue chez moi. Mets-toi à l'aise mais ne regarde pas le bordel, ok?

14 mai 2006 à 05 h 44  
Blogger Patrick Dion a ajouté...

Et ne bouffe surtout pas le buffet non plus...

15 mai 2006 à 09 h 49  
Blogger Coyote inquiet a ajouté...

La vie réserve de ces surprises parfois !

Tant mieux si tout se passe bien !

15 mai 2006 à 12 h 14  
Blogger Perrasite a ajouté...

Le buffet est un peu froid. Ça manque de nouveaux posts.

15 mai 2006 à 13 h 53  

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