samedi 14 avril 2007

Christian

Il y a de ces petits hasards qui font du bien, comme quand je le croisais sur Laurier le matin, en revenant du boulot. Que ce soit à sept heures et demie ou à neuf heures et quart, nous étions souvent synchronisés pour arriver face à face au coin de Marquette. On se reconnaissait de loin, de trop loin pour se voir sourire. Je lui faisais alors une grande courbette, version ubuesque d'un salut Louis XIV, et je l'entendais rire de son bout de trottoir. Puis, il m'embrassait, me serrait dans ses bras et prenait de mes nouvelles. De répondre à toutes ses questions me faisait oublier de prendre des nouvelles de lui, de son état de santé, de la progression de ce cancer qui lui rongeait l'intérieur. Peut-être qu'il préférait ne pas en parler, faire comme si nous avions encore des années devant nous à se faire des câlins improvisés sur le trottoir. On continuait ensuite notre chemin, chacun de son côté, en se promettant de boire un verre ensemble et de s'accorder bientôt une revanche au billard.

Ce matin, en arrivant près de Marquette, je me suis surprise à regarder au loin, à le chercher des yeux pour la première fois depuis six jours. Ce matin, j'aurais donné ma chemise pour avoir la chance de lui faire une dernière courbette. Et d'entendre son rire sur la rue Laurier.

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